Lève-toi et marche... ou crève!

 

 

La Cathédrale, Bône, Algérie, d'après l'oeuvre originale de l'artiste peintre:

Hélène Léveillée

 

 

 

Alain Bellemare

Lève-toi et marche...

ou crève!

Les aventures d'un Pied-Noir en Algérie


Extrait du roman (3e)

 

La Cathédrale était remplie à pleine capacité. Les membres des Dames videuses de tabernacles servaient d'ouvreuses. Elles plaçaient les fidèles qui obéissaient avec patience à leurs commandements… Mais pas tous les dix à la fois! On a dû refouler des fidèles à la porte. Ils étaient parqués à l'extérieur. On ne s'en occuperait guère avant leur mort : le baptême, la première, la dernière communion et le mariage avaient déjà été bâclés une fois pour toutes. Les cercueils roulants étaient garés en triple file dans l'allée centrale. Tante Annie pleurait comme une folle… Elle faisait une crise de nerfs devant un immense Jésus cloué sur sa croix. Celui-ci semblait enchanté d'avoir été invité à la cérémonie…

- Pourquoi m'avez-vous pris mon fils bien-aimé?…

Jésus semblait un peu embarrassé par sa question… Je dois dire que je l'étais un peu, moi aussi…. Toute l'église nous regardait! J'ai tenté de calmer ma tante et d'enrayer ses pleurs à l'aide d'un mouchoir et de Titine…

- On croyait en vous et vous nous abandonnez maintenant! osait se plaindre ma tante endeuillée.

La statue agitait la tête avec difficulté. La couronne labourait toujours sa tête ravagée par des épines acérées :

- Qui va s'occuper de nous… Maintenant qu'il est mort? Pourquoi l'avez-vous laissé crever comme un chien?

- Qu'est-ce que je fous ici… semblait répondre Jésus à ma vieille tante… Pourquoi ne me laissez-vous pas en paix sur ma croix?…

Une folle envie de foutre le camp l'avait saisi. Mais il avait promis à son Père, celui qui menait le Grand Jeu…

Moi, qui étais païen depuis l'adolescence, je me demandais quel acteur ils avaient pris pour tenir le rôle de Jésus… Celui-là était très bon. C'était très réaliste comme mise en scène. Finement ciselé! Il fallait le garder, ce type… Absolument! Il s'en était fallu de peu pour que je me mette à applaudir à tout rompre… Mais comme c'était des funérailles, je me suis retenu. Je voulais pas déranger mes tantes et leur faire manquer le spectacle liturgique…

L'archerevêche est sorti de la sacristoche. Suivaient ensuite le cureton et les pédérastes d'honneur. Une douzaine de servants de fesses terminait la longue procession. Elle flattait la divine assemblée avec de petits coups d'encensoirs bien répartis. Arrivé devant l'alter ego, l'archerevêche a soudainement pris la parole : " Dominus vomiscum… "

- Es com spiritoutounne!

Les fidèles spectateurs des premières rangées ont répondu en choeur. Ils se sont mis à se signer en vagues successives. Celles-ci contaminaient les autres croyants. La lame est revenue jusqu'à l'autel. Jésus s'est fait réveiller… Il s'était assoupi sur sa croix parce qu'il ne comprenait pas un traître mot de latin…

Dernière nous, des bigotes communistes avaient pris possession de la rangée de chaises. Elles se disputaient les saints sièges avec un gros magma de la finance. Il avait fait irruption dans leur allée. Elles lançaient des chapelets d'injures et égrenaient inlassablement les grains de mélia… Les cassolettes allaient à pleine volée et laissaient s'échapper de petits nuages de soumission et des flammèches. Les bourreaux faisaient glisser le chapeau sur les chaînettes… C'était pour leur faire cracher le morceau. Jésus était victime de coups d'encensoirs répétés…


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